
L'ALBUM PHOTOS
Photographies
de Léonardo Antoniadis |

LE JOURNAL DES REPETITIONS
Comment nous avons travaillé,
comment sont nés costumes et maquillages. |
LA
FORTERESSE
Voici une lettre écrite à Arlette qui
a travaillé avec nous à l'écriture de ce
grand projet. C'était peu de temps avant le début
des répétitions. Nous sommes restés fidèles
à ces premières envies.
Chère Arlette,
Un moment que je dois t'écrire. Je voulais te donner les
pistes sur lesquelles nous allons nous lancer à partir
du 5 novembre prochain. J'attendais d'avoir rassemblé nos
idées. Voila que je commence à y voir plus clair.
Mais avant toute chose, il faut que je te dise que tout peut changer
à tout instant. C'est même une des règles
fondamentales que nous nous donnons : ne rien borner, ne rien
nous refuser tant que le premier jour n'est pas arrivé.
Donc ce que je vais te donner là, ce ne sont que des points
de départ et certainement pas d'arrivée. Premier
point de départ : une improvisation du temps du travail
des "Minuits vous parlent de la vie". Le sujet était
"sur le chemin de ronde". J'avais cru y déceler
le sujet d'un prochain spectacle. Un autre : une discussion à
Vienne dans un café tout ce qu'il y a de plus viennois.
Nous avions parlé de ce que nous rêvions chacun du
prochain spectacle. Amélie avait dit : "j'aimerais
qu'à chaque instant chacun puisse se dire : ah oui..."
Nous avions parlé d'Empire aussi, des empires passés
(à Vienne, quand même) et de ceux qui viennent. J'avais
parlé des ottomans, des autrichiens et des russes, de l'histoire,
si peu compréhensible pour nous, des serbes. Mathias avait
évoqué l'acteur comme empereur. Peut-on envisager
l'abdication de l'acteur comme empereur ? Une autre encore : notre
envie de nous approprier d'autres techniques : le chant, la danse
et surtout l'écriture. Les propositions de base pourraient
bien sur cette nouvelle création, être écrites
(bout de phrase, dialogues, personnage que nous mettrons ensuite
à l'épreuve sur le plateau) Cette prochaine création
est pour nous importante : je crois qu'elle aura à voir
avec le monde contemporain et comment il va. Et ce sera un pas
dans la conscience de ce que nous sommes en tant que troupe. J'aime
bien notre installation à La Neuville : ici on nous regarde
exactement comme le plombier et le boulanger, avec autant de considération,
ni plus ni moins. Et bien la prochaine création doit ressembler
à ça. Invitons les gens à venir partager
une expérience concrète, un ressenti ensemble ;
vivons la liberté et l'oppression, les luttes et les déceptions.
Mais ne la donnons pas en spectacle. Pourrons-nous abdiquer un
peu de notre empire. Ou plutôt : comment faire pour ne pas
faire un spectacle ? Voila les pistes. Donne-moi tes réflexions.
Nous t'attendons avec impatience. Prépare des habits bien
chauds surtout. Nous travaillons tous les lundi, mardi, mercredi
et jeudi.
A très bientôt. Bises.