EXTRAIT
DE LA PREFACE
par M. Yves MOALIC – 27 août 2009
Sommaire de la préface :
De la double distribution au concept d'absence signifiante
Un théâtre du réel à l'opposé
d'une dramaturgie réaliste
Une scénographie qui mime le quotidien pour mieux
le subvertir
Une petite société scrutée au microscope
par un savant pervers
Une contre-utopie qu'on croirait inspirée par la
télé réalité
Un spectacle dont l'existence est remise en question à
chaque minute de son déroulement
Plus qu'une création théâtrale : une
œuvre qui traduit l'idéal commun des Minuits
Extrait de la préface
«Un théâtre
du réel à l'opposé d'une dramaturgie
réaliste
À l'origine de cette création se trouvent
à la fois un refus unanime de la part des comédiens,
celui de céder aux "effets théâtraux"
pour faire croire à la vérité de leurs
rôles, et une volonté fondatrice de la part
du metteur en scène, celle de faire jouer à
chaque comédien son propre personnage, de mettre
sur le plateau sa vraie personnalité. Le sujet de
la pièce, c'est le théâtre lui-même,
et l'enjeu principal, c'est le jeu. En cela, cette création
se situe directement au cœur de l'héritage des
cinéastes de la Nouvelle Vague qui, tel Jean-Luc
Godard par exemple, affirmaient que le sujet du cinéma,
ce pourrait être désormais le cinéma
lui-même, qu'on n'avait plus le droit de duper le
spectateur avec une réalité frelatée
et de lui faire croire à la réalité
de l'œuvre là où elle ne fait qu'appliquer
les recettes les plus éculées d'un réalisme
asservi au pouvoir, c'est-à-dire, forcément,
à une idéologie. De ce réalisme-là,
Maupassant lui-même disait déjà, dans
sa préface à Pierre et Jean, qu'il était
pur "illusionnisme". Comme les cinéastes
de la Nouvelle Vague qui voulaient donner à montrer
la réalité du cinéma, les Acteurs de
bonne foi des Minuits montre la réalité du
théâtre, et c'est là un projet philosophique
autant qu'esthétique : représenter l'œuvre
d'art pour donner à voir la réalité
de l'art qu'on pratique. Or au théâtre, lorsqu'un
comédien a quitté le plateau, on s'interroge
inévitablement sur ce que devient le personnage qu'il
incarne : comment continuer à le faire exister hors
de la scène ? Dans l’œuvre des Minuits,
les comédiens, et donc les personnages, ne quittent
pas la scène et continuent à être visibles
même quand ils sont « off », au moment
où la